Le mieux est l’ennemi du bien – Même pour les Architectes

Le mieux est l’ennemi du bien – Même pour les Architectes

Il vous est sûrement arrivé de passer beaucoup, trop de temps sur un mail : le retaper à six reprises, puis tout effacer au bout d’une demi-heure, pour finalement repartir sur la toute première option. Vous avez aussi, certainement, perdu un temps précieux à choisir la police parfaite pour une présentation PowerPoint.

Si votre perfectionnisme vous empêche d’être au top de votre efficacité, l’article ci-dessous va vous intéresser.

Parfois, les détails sont très importants, surtout dans les secteurs de l’architecture et de la construction : vous devez tenir compte de la portance d’un plafond ou d’un toit.

Et puis parfois, les détails sont vraiment des… détails.

Les architectes qui savent distinguer l’essentiel du secondaire sont bien plus productifs, plus efficaces et au final, plus accomplis. De plus, ils sont souvent moins stressés, profitent d’un meilleur contrôle sur leur travail et dominent avec plus d’aisance leur métier.

Comment vous forcer à travailler de façon pragmatique et efficace, et éviter le piège du perfectionnisme inutile – tant dans votre vie professionnelle, que dans votre vie privée ?

Prenons l’exemple de la rédaction de cet article. Je me suis promis de ne pas y passer plus d’une heure. Le chronomètre est enclenché, et d’ici à 58 minutes, il sonnera. L’article devra être fini à 90%, et j’y consacrerai 30 autres minutes demain, pour une dernière relecture. Ensuite, l’article sera publié en ligne – qu’il soit parfaitement rédigé, ou non.

L’article contient des coquilles ? Ainsi soit-il. Aucun lecteur n’arrêtera de me suivre ou ne traitera l’auteur (= moi-même) d’imbécile (enfin, j’espère…) si jamais une étourderie avait échappé à mon attention.

Ce qui compte dans cet article, c’est le contenu principal, c’est d’apporter une connaissance supplémentaire au lecteur, c’est d’inspirer le lecteur à s’améliorer encore en tant qu’architecte ou en tant que conducteur de chantier. Le lecteur doit sortir de la lecture de l’article avec le sentiment d’avoir passé 10 minutes utiles, donc d’avoir appris quelque chose – passant outre la petite faute de frappe restée dans le texte.

De plus, il faut voir chaque tâche dans son contexte. Cet article est simplement l’une des nombreuses tâches dont je m’acquitte pour développer notre logiciel ( http://archisnapper.com/). Nos serveurs tournent en continu, la comptabilité doit être faite, je travaille en étroite collaboration avec nos développeurs pour étudier de nouvelles fonctionnalités, notre site Internet doit être tenu à jour, je dois faire des démonstrations à nos nouveaux clients, et nous devons garder un œil sur notre trésorerie.

Si je devais consacrer 16 heures à cet article et que je devais le peaufiner jusqu’à atteindre le texte parfait, cela représenterait un temps disproportionné en comparaison à toutes les autres tâches sur lesquelles je dois travailler.

Grâce à la méthode « time-boxing » (qui consiste en vous fixer un temps raisonnable maximal pour finir une tâche), cet article sera en ligne, sera retweeté et envoyé, et 99% de l’article sera de qualité suffisante – le tout, dans un délai de 2 heures. Et ainsi, je peux vaquer à d’autres occupations, tout aussi (voir plus) importantes.

« Le mieux est l’ennemi du bien »

C’est un fait : « La valeur ajoutée de chaque minute supplémentaire consacrée à une tâche décroit en fonction du nombre de minutes déjà consacrées. »

Je répète la phrase, soulignant l’essentiel :

« La valeur ajoutée de chaque minute supplémentaire consacrée à une tâche décroit en fonction du nombre de minutes déjà consacrées. »

Et une troisième fois, en langage simplifié :

« Plus on consacre de temps à peaufiner des détails, moins la gestion du temps de travail s’avère efficace. »

Prenons un graphique pour illustrer tout ça !

Plutôt hibou sage, ou poule sans tête ?

Le hibou sage consacre moitié moins de temps que la poule sans tête à travailler sur une tâche donnée. Pendant cette autre moitié, le hibou s’attèle déjà à la tâche suivante. La poule sans tête travaille donc deux fois plus longtemps que le hibou sage sur une seule et même tâche.

Le hibou obtient un résultat satisfaisant à 90%. Pas mal. Le résultat de la poule, lui, s’élève à 99%.

(Partons du principe qu’un pourcentage de 100% est utopique – rien n’est parfait à 100% dans la vraie vie)

À première vue, on aurait tendance à penser que 99% valent mieux que 90%, et que la poule obtient un meilleur résultat. Rien de plus faux.

La poule a consacré deux fois plus de temps à la première tâche que le hibou. Entretemps, le hibou s’est attelé à la seconde tâche, et même mieux, il l’avait terminée à 90% au moment où la poule finissait la tâche 1.

Résultat :

Hibou : 90% pour la tâche 1, 90% pour la tâche 2, 180/200 au total

Poule : 99% pour la tâche 1, 0% pour la tâche 2, 99/200 au total

(Note : Le graphique ci-dessus ne m’a pas pris plus de 2 minutes, et cela se voit, je pense… mais un travail fini vaut plus qu’un travail parfait !)

Euh, Peter, c’est bien joli, mais pour une étape aussi cruciale que la prise de mesures, je ne peux quand même pas me contenter d’un « 90% », si ?

Non, évidemment que non. Les mesures doivent correspondre parfaitement, donc à 100%.

Dans un secteur comme l’architecture et la construction, les détails sont importants, ce qui veut dire que vous devez y consacrer le temps nécessaire jusqu’à ce que vous soyez satisfait(e). Ainsi, vous vous distinguerez en tant que professionnel, et vous attirerez une autre gamme de clients qui seront séduits par votre service premium.

Présenter au client un projet qui leur en mettra plein la vue implique que chaque détail soit soigné au millimètre. On ne construit par un hôpital en se basant sur son intuition, sur un « à peu près bien ».

Et c’est justement pour cette raison qu’il faut aborder les travaux moins importants de façon pragmatique, et non de façon perfectionniste. En d’autres termes, il faut garder en tête la finalité du projet, et terminer la tâche en cours dès que cette finalité est atteinte. Il est extrêmement tentant et facile de se laisser ensevelir par des détails sans importance. Parfois, se perdre dans les détails révèle une tendance à la procrastination, puisque c’est une excuse pour ne pas s’attaquer aux vrais travaux de fond.

Vous n’avez jamais perdu du temps à la recherche de LA police idéale pour votre présentation PowerPoint, ou de LA couleur parfaite pour votre carte de Noël ? Et pour cause ! C’est bien plus agréable de s’amuser à changer les polices d’un Powerpoint que d’appeler un client mécontent et d’écouter ses plaintes. Et pourtant, cet appel est bien plus important pour la bonne santé de vos affaires.

Comment le mettre en pratique ?

Appliquez la méthode « time-box » dès maintenant. Déterminez à l’avance combien de temps vous souhaitez/pouvez consacrer à une tâche donnée, enclenchez votre chrono et commencez. Vous serez surpris de constater à quel point votre efficacité sera renforcée. Vous ne vous perdrez plus dans des détails inutiles : le chrono vous rappellera à l’ordre, et vous serez d’autant moins tenté(e) d’être distrait(e) par d’autres choses (Facebook, par exemple…). Chacun d’entre nous est capable de se lancer un défi, et vous mettrez tout en œuvre pour terminer la tâche dans le temps imparti, sans tricher (et c’est vraiment comme ça que je procède).

Évaluez à l’avance l’importance d’une tâche, et décidez en conséquent de l’attention que vous lui porterez, et dans quelle mesure la tâche doit être accomplie à la perfection ou non. Évidemment, ce n’est jamais tout noir ou tout blanc : certaines tâches sont « à moitié importantes ». Mais le fait d’y penser avant de commencer vous permettra de prioritiser votre travail, et de consacrer votre énergie à ce qui est le plus essentiel pour vous en tant qu’architecte.

Je vous l’assure : vos clients se fichent de votre fond d’écran. Par contre, je vous promets qu’ils apprécieront BEAUCOUP le coup de fil que vous passerez, 6 mois après le travail, pour leur demander s’ils sont satisfaits de leur nouveau chez-soi.

Chaque matin, établissez une liste de choses que vous devez impérativement boucler avant la fin de la journée. La liste ne doit pas être trop longue, et ne doit contenir que ce qui est indispensable pour la journée que vous avez devant vous. Une fois que vous avez terminé toutes ces tâches, vous pouvez vous féliciter car par définition, votre journée aura été productive. Mieux : si vous avez tout fini à midi, vous pourrez en fait terminer votre journée de travail à cette heure-là ! La liste doit être réaliste, concrète et se concentrer sur les tâches les plus importantes. Je suis persuadé que ce que nous faisons en 10 heures, nous pourrions aussi le boucler en 6 heures – question de priorités. Et vous, que feriez-vous si vous aviez 4 heures de plus par jour ?

Travaillez MOINS d’heures par jour. Si quelqu’un (ou vous-même !) vous donne 4 heures pour tondre une pelouse, vous utiliserez naturellement l’intégralité de ces 4 heures pour le faire. Si toutefois, vous vous fixez un objectif de 3 heures, vous verrez qu’en fait, c’est tout aussi possible. Ainsi, si vous limitez mentalement le nombre d’heures travaillées en tant qu’architecte indépendant, cela vous aidera à aller droit à l’essentiel. Et le reste du temps, vous pourrez vous détendre, dormir, ou le consacrer à vos enfants. Plus reposé(e), vous serez ensuite plus efficace. Interdisez-vous strictement, par exemple, de travailler le week-end. En ayant cela en tête, vous serez bien plus productif du lundi au vendredi, croyez-moi 😊.

Work hard, play hard!

Moins de stress, moins de travail, plus de contrôle

Les architectes qui savent relativiser et distinguer l’essentiel du détail, souffrent moins de stress. La raison ? Ils ont tout simplement un emploi du temps allégé, comme il leur faut moins de temps pour boucler une tâche. Je vous l’assure : il est impossible de tout faire à la perfection, et de tout boucler en étant 100% satisfait(e). Il vous faut peut-être une heure de travail sur votre prochaine proposition commerciale, pour proposer quelque chose qui soit à 95% satisfaisant. Les 5% manquants (pour donc atteindre une proposition qui soit 100% parfaite) vous coûteraient de nombreuses heures supplémentaires. En tant que perfectionniste, vous travaillez donc bien plus que votre collègue/concurrent, qui lui, se « contente » d’être satisfaisant à 95% pour ensuite passer à un autre travail.

Psst… dernière chose…

La rédaction de cet article représente environ 2 heures de travail, le partager ne prend que 2 secondes. S’il vous a plu, partagez-le avec vos collègues architectes… merci !

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